Appellation

Faut-il dire pâté croûte ou pâté en croûte ? L’usage et la règle

« Pâté croûte » et « pâté en croûte » désignent un seul et même plat : une farce cuite dans une pâte, servie froide en tranches. La forme avec préposition est la norme des dictionnaires, la forme courte « pâté-croûte » est l’usage lyonnais, attesté depuis le XIXe siècle et consacré par le Championnat du Monde.

Dit-on « pâté croûte » ou « pâté en croûte » ?

« Pâté croûte » et « pâté en croûte » désignent le même plat, en deux graphies ; « pâté-croûte » est l’usage lyonnais, attesté depuis le XIXe siècle. La forme avec préposition reste la norme des dictionnaires et des textes professionnels ; la forme courte, née à Lyon et courante en Champagne, relève de l’usage régional et du parler d’atelier.

Aucune des deux formes n’est fautive. Seuls changent le registre et la géographie : demander un pâté-croûte à Lyon ou un pâté en croûte à Paris, c’est demander la même pièce, une farce de viandes marinées, montée dans une pâte, cuite au four, garnie de gelée, puis servie froide en tranches. Les lignes qui suivent précisent l’origine de chaque forme, sa répartition régionale, son orthographe et l’usage qu’en font les charcutiers.

Pourquoi existe-t-il deux noms pour un seul plat ?

Le mot « pâté » vient de « pâte ». Dès le XIIe siècle, l’ancien français « pasté » désigne une préparation de viande ou de poisson enfermée dans une pâte et cuite au four. À l’origine, tout pâté est donc en croûte, et la précision aurait été un pléonasme. L’histoire du pâté en croûte au Moyen Âge montre d’ailleurs que cette enveloppe servait d’abord de récipient de cuisson et de conservation, avant de devenir une pâte que l’on déguste.

La précision devient nécessaire lorsque les cuisiniers cuisent la même farce sans pâte, dans un récipient de terre : c’est le « pâté en terrine », bientôt abrégé en « terrine ». Le mot « pâté » finissant par désigner la farce seule, il a fallu dire « pâté en croûte » pour rappeler la présence de la pâte. Dire pâté, terrine ou pâté en croûte n’est donc pas indifférent : chaque terme répond à une définition, qui tient d’abord au contenant de cuisson.

Une préposition qui s’efface à l’oral

« Pâté-croûte » est la contraction de « pâté en croûte » : la préposition tombe, les deux noms se soudent. Le français de la table procède souvent ainsi, du « jambon-beurre » au « steak frites » en passant par le « café crème ». La forme courte naît là où le mot est prononcé plusieurs dizaines de fois par jour : à l’atelier, au comptoir, sur les marchés. À Lyon, elle est attestée depuis le XIXe siècle et n’a jamais quitté l’usage. Elle est passée du comptoir du charcutier aux cartes des restaurants, puis à l’intitulé d’un concours international.

Les textes gastronomiques de la même époque disent encore volontiers « pâté » tout court pour une pièce en croûte. Dans La Table au pays de Brillat-Savarin, publié en 1892, Lucien Tendret présente les grandes pièces de Belley, dont l’Oreiller de la Belle Aurore, sous le simple nom de « pâtés » : la pâte allait de soi.

Où dit-on « pâté-croûte », où dit-on « pâté en croûte » ?

Il n’existe pas d’atlas linguistique officiel consacré à cette question. Le tableau ci-dessous résume les usages dominants, tels qu’on les relève sur les étals, sur les cartes des restaurants et dans la bouche des professionnels. Il indique une tendance, non une frontière.

Territoire Forme dominante Registre Remarque
Lyon et sa région pâté-croûte Courant, oral et écrit Berceau de la forme courte, attestée depuis le XIXe siècle
Champagne (Reims) pâté croûte Courant, surtout oral Spécialité locale à part entière
Paris et Île-de-France pâté en croûte Standard Forme courte en progression sur les cartes
Alsace et Lorraine pâté en croûte Standard Le pâté lorrain est une autre recette, servie chaude
Ain, Savoie, Pays de Gex les deux formes Mixte Zone de contact entre l’usage lyonnais et la forme standard
Suisse romande pâté en croûte, ou « pâté » seul Standard Le pâté vaudois se nomme sans mention de la croûte
Ouest et Sud de la France pâté en croûte Standard Forme des dictionnaires, comprise partout

Trois enseignements se dégagent de cette carte :

  • La forme longue est comprise partout. « Pâté en croûte » ne surprend personne, de Lille à Genève ; c’est la forme neutre.
  • La forme courte signale une appartenance. Dire « pâté-croûte », c’est parler comme à Lyon ou à Reims, ou comme les gens de métier.
  • Les deux formes cohabitent aux frontières. Dans le Pays de Gex, entre l’aire lyonnaise et la Suisse romande, on entend l’une et l’autre dans la même journée, parfois chez le même client.

Le nom ne dit cependant pas tout. La question pâté en croûte ou tourte relève, elle, d’une différence de recette, de pâte et de service, et non d’une simple variante de vocabulaire.

Comment écrire le mot : trait d’union, accent, pluriel ?

L’hésitation porte moins sur le plat que sur sa graphie. Quatre points suffisent à la lever.

  • Pâté en croûte s’écrit en trois mots, sans trait d’union. C’est la graphie des dictionnaires généraux.
  • Pâté-croûte prend de préférence un trait d’union, qui marque le nom composé ; c’est la graphie retenue par le Championnat du Monde. La variante sans trait d’union, « pâté croûte », est très répandue, notamment dans les recherches en ligne, et reste admise par l’usage.
  • L’accent circonflexe de « croûte » est facultatif depuis les rectifications orthographiques de 1990, qui admettent « croute ». Celui de « pâté » demeure obligatoire.
  • Au pluriel, on écrit « des pâtés en croûte », le second nom restant invariable. Pour la forme courte, la logique veut « des pâtés-croûte », puisque la préposition est sous-entendue ; « pâtés-croûtes » se rencontre, l’usage n’étant pas fixé.

Les majuscules, enfin, sont réservées à l’intitulé du concours. Dans un texte courant, le nom du plat s’écrit en minuscules, comme tout nom commun.

Que disent les charcutiers ?

La profession emploie les deux formes, mais pas au même endroit. Dans ses textes de référence, à commencer par le Code des usages de la charcuterie, et sur les étiquettes, la dénomination est « pâté en croûte ». À l’atelier, la forme courte s’impose par économie : c’est un « pâté-croûte » que l’on fonce, que l’on cuit et dont on coule la gelée.

Le concours a fait le reste. Créé en 2009, le Championnat du Monde de Pâté-Croûte a choisi la forme lyonnaise pour son intitulé et l’a portée bien au-delà de la région : ses sélections se tiennent aujourd’hui sur plusieurs continents. La forme courte, longtemps régionale, est ainsi devenue un terme de métier reconnu, que les cartes des restaurants ont repris à leur tour.

Daniel Gobet, Champion du Monde de Pâté Croûte 2018, porte son titre sous cette forme. Dans ses textes, la Maison écrit « pâté en croûte » et réserve « pâté-croûte » à l’intitulé du concours et, le cas échéant, au nom d’une pièce. La collection est présentée en ligne (voir la boutique).

Pour un charcutier, l’essentiel n’est d’ailleurs pas le nom. Une pièce se juge sur ce que le jury d’un concours examine lui aussi : l’aspect de la croûte, la netteté de la coupe, l’équilibre de la dégustation. Cela suppose une pâte foncée avec régularité, une farce marinée la veille, une cuisson suivie à la sonde, une gelée coulée après refroidissement, puis un repos au froid de 24 à 48 heures avant la première tranche. Que l’on dise pâté-croûte ou pâté en croûte, ce travail est le même.

Quelle forme employer selon la situation ?

Le choix dépend du lecteur ou de l’interlocuteur. Les repères suivants couvrent les cas les plus courants.

  1. Dans un texte soigné (menu, invitation, article) : « pâté en croûte », forme neutre et comprise de tous.
  2. À Lyon, à Reims ou face à un professionnel : « pâté-croûte », qui est là-bas la forme naturelle.
  3. Pour citer le concours : « Championnat du Monde de Pâté-Croûte », avec trait d’union et majuscules.
  4. Dans une recherche en ligne : l’une ou l’autre forme, les deux menant aux mêmes pièces.
  5. Dans un même document : une seule forme, tenue du premier au dernier paragraphe.

Il n’y a donc pas à trancher entre une forme juste et une forme fautive. « Pâté en croûte » est le nom complet, hérité de l’histoire du mot ; « pâté-croûte » en est l’abrégé lyonnais, que plus d’un siècle d’usage et un championnat du monde ont rendu légitime. Le plat, lui, ne change pas : une croûte dorée, une farce travaillée, une gelée limpide.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Pâté croûte et pâté en croûte, est-ce la même chose ?

Oui. Les deux noms désignent le même plat : une farce de viandes cuite dans une pâte, garnie de gelée et servie froide en tranches. « Pâté en croûte » est la forme des dictionnaires, « pâté-croûte » la forme courte en usage à Lyon et en Champagne.

Pourquoi dit-on pâté croûte à Lyon ?

La forme courte est une contraction orale de « pâté en croûte », où la préposition s’efface, comme dans « jambon-beurre ». Elle est attestée à Lyon depuis le XIXe siècle, d’abord dans le parler des charcutiers et de leurs clients. Elle s’est ensuite étendue aux cartes des restaurants, puis au nom du championnat du monde.

Comment écrire pâté-croûte, avec ou sans trait d’union ?

Le trait d’union est préférable, car il marque le nom composé : « pâté-croûte ». La graphie sans trait d’union, « pâté croûte », est courante et admise par l’usage. « Pâté en croûte », en revanche, s’écrit toujours en trois mots, sans trait d’union.

Quel est le pluriel de pâté en croûte ?

On écrit « des pâtés en croûte » : seul le premier nom prend la marque du pluriel. Pour la forme courte, « des pâtés-croûte » est la graphie la plus logique, la préposition étant sous-entendue. Depuis les rectifications orthographiques de 1990, « croute » sans accent circonflexe est également admis.

Pourquoi le championnat du monde s’appelle-t-il « pâté-croûte » ?

Le Championnat du Monde de Pâté-Croûte, créé en 2009, a retenu pour son intitulé la forme en usage à Lyon. Son succès a diffusé cette forme courte bien au-delà de la région lyonnaise. Daniel Gobet, de la Maison So Good Traiteur à Ségny, dans le Pays de Gex, en a remporté le titre en 2018.